Société Généalogique du Lyonnais et du Beaujolais
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Mentions de courtoisie et de civilité en Beaujolais du XVème au XVIIIème siècle

Nous sommes souvent intrigués en lisant les actes anciens de découvrir des qualificatifs curieux pour certains de nos ancêtres : « honneste personne , honorable homme, … ; ».

Voici quelques éléments qui permettront, je l’espère, à chacun de s’y retrouver et de se faire une petite idée du degré d’instruction et de fortune de tel ou tel ascendant et de le situer dans le hiérarchie sociale.

La mention la plus évidente qui s’attache aux noms est celle qui révèle l’appartenance de l’individu au clergé ou à la noblesse.

Pour les membres de clergé séculiers : curé et vicaire, leur nom est suivi de : « curé de X… » indiquant très clairement la paroisse où l’intéressé est titulaire de la cure. L’indication de « prêtre » est quelquefois ajoutée surtout s’il vient d’un autre diocèse(exemple : « prebstre du diocèse de Mascon »). On trouve également leur titre (exemple : « prêtre bachelier de Sorbonne, prêtre habitué de l’église de … »).

L’avant-nom du XVème siècle : « vénérable et discrète personne » est remplacée par « Messire » à la fin du XVIIème siècle.

Pour les congrégations et les membres du clergé réguliers, l’ordre et l’établissement sont suivis de l’énumération des « Révérends » et autres « Dames ».

Les membres de la noblesse sont souvent identifiés par l’indication du degré dans la hiérarchie nobiliaire.

Au XV ème siècle, il ne paraissait pas nécessaire de préciser ce degré pour souligner la noblesse. L’avant nom « noble ou noble homme » ne laissait pas de place au doute, on précisait tout de même : « noble et puissant seigneur ». A la fin du XVIIème siècle, les rédacteurs remplace « noble » par « messire » ce qui peut prêter à confusion avec les membres du clergé, mais la titulature est plus précise ; les degrés de la hiérarchie nobiliaires sont réduits à deux : chevalier et écuyer. Les anciens degré : comte et baron, sont liés à des seigneuries déterminées.

L’élimination de : « noble » dans la titulature de la noblesse a modifié, la formule : « noble et puissant seigneur » en « haut et puissant seigneur ». Les chevaliers sont les seuls qui bénéficient de l’avant nom : « messire », les écuyers n’ayant droit indifféremment qu’à « monsieur » ou « sieur »

Pour les roturiers, une évolution très générale établit une hiérarchie dans la titulature traduite par les avant noms.

L’avant nom : « honorable » désigne un individu possédant une certaine instruction et exerçant une profession dite libérale quel que soit sa fortune. Normalement à partir du XVIème siècle, les avocats, notaires greffiers, médecins, chirurgien, … sont qualifiés d’ « honorable »

L’avant nom : « honnête » est régulièrement affecté aux marchands quel que soit leur domicile ainsi que la plupart des artisans urbains et aux hôtes et maréchaux de la campagne. Ce qualificatif peut n’être suivi d’aucune indication de profession. Degré le plus bas dans cette titulature, « honnête » distingue immédiatement ceux qui peuvent en faire précéder leur nom de ceux pour lequel rien n’est prévu.

A l’origine réservé aux hommes de loi, l’appellation : « maître », en dehors du milieu artisanal, est généralement donnée à l’homme aisé et indépendant employant une domesticité. Aucun qualificatif ne précède en effet, les prénoms et noms des laboureurs, des vignerons et de la plupart des artisans ruraux.

Ces avant noms sont le reflet d’une échelle de valeurs acquises en trois siècles et induit souvent d’un niveau de fortune correspondant.

Pour les indications qui suivant le nom la doctrine a varié du XVème ou XVIIIème siècle. Le renseignement donné n’est pas toujours de même ordre :
- Il peut porté sur le métier exercé et le rédacteur utilise un mot technique : « tailleur d’habits, charpentiers, apothicaire, … »
- Les charges et les offices sont désignés clairement : notaire royal , greffier, procureur d’office, conseiller du Roi, …
- Le terme de seigneur recouvre bien des degrés selon l’exercice des droits fonciers : justice, bans, …

Le terme de « bourgeois » implique à la fois une résidence qui n’est pas nécessairement la seule et l’inscription sur les livres de bourgeoisie de la ville dont le nom suit.

Quelques expressions sont très vagues : « laboureur » désigne à l’origine le possesseur d’un attelage de bœufs destinés au labour et ensuite, tout travailleur de la terre à l’exception des « vignerons », quelle que soit l’étendue et la qualité des terres qu’il cultive aussi bien comme possesseur que comme fermier ou métayer.

Le terme de « marchand » ne fait aucune allusion à l’importance ou à la spécialité du commerce pratiqué.

Enfin « vigneron » n’est pas attribué systématiquement aux exploitants de vignes, un laboureur peut avoir à cultiver plus de vignes que de terre à blé, le terme désigne souvent une relation entre l’individu et le possesseur des vignes qu’il travaille et que désigne par ailleurs les mots de : fermier, granger ou métayer. Ce terme garde actuellement la même acception.

Les éléments traditionnels d’une fiche d’identité s’achèvent par l’indication du lieu de résidence : paroisse, hameau, lieu-dit pour les ruraux, seul nom de la ville pour les citadins

Tous ces éléments théoriques impliquent évidemment des exceptions et des variations qui peuvent se révéler importantes en fonction des époques et des terroirs. Par exemple l’avant nom « égrège » désigne en Dauphiné, un notaire ou un praticien du droit alors qu’en Beaujolais on le rencontre pour désigner un homme d’Église. La désignation « spectable » qualifie un avocat, un médecin ou un magistrat en Dauphiné, elle se transforme en « honorable » en Beaujolais.

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